La Joconde aux yeux fermés

En conclusion

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J’ai souhaité faire une peinture contemporaine sur notre rapport à ce tableau si singulier et par extension sur notre rapport au réel. Je ne suis donc pas si éloigné de la démarche de Léonard de Vinci qui, partant d’un simple portrait en a fait une allégorie. Si j’ai choisi de « repeindre » Mona Lisa avec les yeux fermés, de faire une « nouvelle » Joconde en quelque sorte, c’est parce que les yeux ouverts de l’original ont perdu tout leur sens.

Ma Joconde serait plutôt la sœur aînée de Mona Lisa qui aurait subi un lifting… une idée un peu saugrenue qui paraît anodine à une époque où aucune image de mode, magazine ou cosmétique n’échappe à la retouche.

Comme Léonard de Vinci n’a pas fait le portrait de Mona Lisa, je n’ai donc pas fait une copie du tableau. Je n’ai peint qu’une réponse à ce tableau que tout le monde connaît sans pour autant mesurer l’importance et l’influence qu’il a eu, et a encore, sur notre façon d’envisager la représentation de l’individu, de la femme en particulier et, plus généralement, des apparences. Alors puisque Mona Lisa, avec ses yeux ouverts, n’est pas — ou plus — dans cette logique, j’ai peint la mienne avec les yeux fermés ; juste une façon de dire avec un peu d’ironie qu’il faut rester vigilant et avoir les yeux grands ouverts, si l’on veut conserver encore un peu de libre arbitre.

Autre chose qui me touche personnellement : j’associe, dangereusement, des yeux fermés à la confiance. Dangereusement, parce qu’après ce que je viens de dire sur la vigilance, il serait logique d’interpréter ces yeux fermés comme de l’aveuglement ou de la naïveté… à moins que je n’ai fait là qu’un portrait post mortem.

Mais la confiance est un sentiment qu’on ne peut trouver qu’en soi, alors l’associer au sourire d’une Joconde me donne de l’espoir.

Interviews d’Albert Lobo, textes recueillis par Serge Chassagne.

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