La Joconde aux yeux fermés


Une Joconde pour tous by albotablo
29 Mai mai, 2009, 10:00
Filed under: Uncategorized

Quel destin souhaitez-vous pour votre Joconde ?

En fait, je vais la remplacer progressivement par ses reproductions. Je ne cherche pas à faire de mon tableau une icône mystérieuse ; si j’admets que je cherche un peu à rivaliser avec celle du Louvre, mon but n’a jamais été d’en faire une œuvre unique et intouchable, “inestimable”. Dès cette deuxième version, j’ai toujours eu comme projet de la multiplier en cartes postales, puis en posters à l’échelle 1. Le but étant de ne même plus avoir besoin de se déplacer pour voir “la Joconde aux yeux fermés” puisque, sous cette forme là — en fac-similé — elle est bien là, et pas ailleurs. Que ma Joconde soit plus une amie, et moins une star… Que tout le monde puisse l’avoir en vrai chez soi.

Cela ne risque-t-il pas de la banaliser et de dévaloriser votre travail ?

Pourquoi une peinture devrait-elle rester unique ? Je ne remets pas en question la valeur de ce qui est “unique”, mais la valeur de quelque chose ne devrait-elle pas être plus importante si elle concerne plus de monde ? En l’occurrence, je ne vois pas où est le problème, dans la mesure où mes reproductions sont garanties fidèles à l’original — et cela a été fait déjà avec quelques œuvres d’art anciennes qui ont été “reproduites” de façon, je trouve, très convaincante. Et je ne parle pas d’un tirage d’artiste numéroté ; c’est là encore un moyen de donner un caractère unique à chaque reproduction… Mon acte artistique ici, est bien, et depuis le début, de multiplier mon tableau par le biais de ses “copies”.

Mais ne remettez-vous pas un peu en question sa valeur artistique de cette façon ?

Oui et non. Dans le domaine artistique on fait la différence entre l’œuvre d’art ( tableau, sculpture, etc… ) et l’objet d’art ( par exemple une fourchette en argent sculptée)… L’Art ici — dont je ne discourrai pas de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas — fonctionne comme un plus, une valeur ajoutée à l’objet utilitaire quotidien. Mais en même temps, cet objet ne pourra jamais quitter son statut de « sous art », tant qu’il n’aura pas abandonné celui d’objet utile, bassement utile même… comme l’a démontré Marcel Duchamp en exposant son « porte-bouteille », par exemple.
Ici, je me soucie plus de son utilité que d’avoir produit une œuvre d’art :  je veux mettre en avant le sens « utile » qu’elle pourrait avoir aux yeux de chacun. Et c’est aussi pour cela, qu’à terme, je ferai disparaître l’original.

Mais, en vous attaquant à un chef d’œuvre aussi connu ne craignez-vous pas que l’on résume votre démarche à une simple blague ?

C’est inévitable, surtout après tous les détournements et parodies qui ont jalonné son histoire… mais à mon avis, préférer une Joconde avec des yeux fermés, même pour la blague, n’est pas anodin. Si, en théorie, Mona Lisa appartient à tous — le tableau étant dans un musée public— l’image n’appartient en fait à personne, puisque on ne peut pas librement la voir.

Une Joconde aux yeux fermés pourra toujours être prise pour une plaisanterie, mais une chose est sûre, compte tenu du soin que je souhaite apporter à sa reproduction, on ne pourra pas dire que je me moque du public ou… de la Joconde.

Duchamp-LHOOQ-1919

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